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Trois chevaux
Erri De LUCA
roman
Editions Gallimard - Collection " Du monde entier "
France - Prix indicatif : 12,31 €
Québec - Prix indicatif : 21,50 $

Synopsis
Le narrateur avait quitté l'Italie
pour l'Argentine pour suivre Dvora, son premier amour. Là bas,
ils se mobiliseront contre le régime militaire jusqu'au jour où
Dvora sera arrêtée puis portée disparue, comme nombre
d'opposants, alors que lui échappera de peu à la rafle.
Aujourd'hui, de retour en Italie, un
évènement ou une sensation de la vie quotidienne suffisent
à ramener à la surface de sa mémoire ce passé
douloureux toujours présent en lui.
La naissance d'un nouvel amour va le renvoyer de manière plus fréquente
à ses souvenirs tragiques de la dictature argentine. Il en fait
part à Làila, peu à peu, à chacune de leurs
rencontres.
Erri de luca, avec une grande poésie nous
emmène dans la vie et les souvenirs de cet italien, amoureux des
arbres et des livres. Il fait ressentir au lecteur à la fois le
détachement du narrateur dans sa nouvelle vie, après la
mort de Dvora et sa fuite d'Argentine, mais aussi sa plus profonde perception
des choses et des êtres.
Notre avis : captivant.
Premières lignes
" Je lis seulement des livres d'occasion.
Je les pose contre la corbeille à pain, je tourne une page d'un
doigt et elle reste immobile. Comme ça je mâche et je lis.
Les livres neufs sont impertinents, les feuilles ne se laissent pas tourner
sagement, elles résistent et il faut appuyer pour qu'elles restent
à plat. Les livres d'occasion ont le dos détendu, les pages,
une fois lues, passent sans se soulever.
Ainsi, à midi, au bistrot, je m'assieds sur la même chaise,
je demande de la soupe et du vin et je lis.
Ce sont des romans de mer, des aventures de montagne, pas des histoires
de ville, je les ai déjà autour de moi.
Je lève les yeux, attiré par le reflet du soleil sur la
vitre de la porte d'entrée par laquelle ils entrent tous les deux,
elle dans un air de vent, lui dans un air de cendre.
Je reviens à mon livre de mer : il y a un peu de tempête,
force huit, le jeune homme mange avec appétit tandis que les autres
vomissent. Puis ils sort sur le pont, se tenant solidement sur ses pieds
parce qu'il est jeune, seul, tout à la joie de la tempête. "
Extraits
1. " Elle
avance son front, une lenteur bouillante, l'appuie contre le mien, ses
cheveux flous sur mes tempes au poil court, son haleine qui monte dans
mes narines, ma respiration que je ne parviens plus à sentir et
nous sommes si proches que nous restons immobiles.
Maintenant, elle pousse ma nuque avec sa main pour écraser nos
visages à l'attache de nos bouches.
Maintenant, seuls nos nez respirent.
Puis, c'est au tour de nos mains de s'agiter pour se donner un moment
de répit.
Gênés de nous retenir, nous ne disons rien.
J'y vais doucement pour ne pas décharger ma force sur elle. La
sienne en est décuplée. "
2. " Les
jours se passent comme ça. Le soir, chez moi, j'écrase des
tomates crues et de l'origan sur des pâtes égouttées
et je grignote des gousses d'ail devant un livre russe. il rend mon corps
plus léger.
C'est ce que doivent faire les livres, porter une personne et non pas
se faire porter par elle, décharger la journée de son dos,
ne pas ajouter leurs propres grammes de papier sur les vertèbres. "
3. " Je prends
le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme,
à la respiration d'un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un
autre, c'est parce que les livres, plus que les années et les voyages,
changent les hommes. "
4. " Un clignement
de paupières et je suis repris par une ombre d'Argentine, de coups
d'oeil rapides, de veste lourde, et un souffle chaud passe dans mon nez.
Ma main va vers un geste oublié, je m'aperçois qu'elle est
à l'endroit laissé vide par l'arme des années du
Sud, et avant de reprendre la maîtrise de mes nerfs je sens son
tâtonnement qui cherche l'objet disparu.
Et je mets un moment avant de prendre une profonde respiration, de détachement. "
Quatrième de couverture
" Je monte sur la passerelle, je ne pense à
personne, je suis la dernière feuille de l'arbre et je me détache
sans être poussé.
Je ne pense pas à la jeune fille aimée, suivie jusqu'à
faire partie de son pays.
Maintenant je sais qu'elle est au fond de la mer, jetée au large
du haut d'un hélicoptère, les mains attachées. A
vécu pour moi, est morte pour offrir des yeux aux poissons. "
Le narrateur, Italien immigré en Argentine par amour, retourne
ainsi au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat
contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la
vie d'un homme durait autant que celle de trois chevaux. Il a déjà
enterré le premier, en quittant l'Argentine. Il travaille comme
jardinier et mène une vie solitaire lorsqu'il rencontre Làila,
qui " va avec des hommes pour de l'argent ", et dont
il tombe amoureux. Il prend alors conscience que sa deuxième vie
touche aussi à sa fin, et que le temps des adieux est révolu
pour lui.
Récit dépouillé à l'extrême, Trois
Chevaux évoque la dictature argentine, la guerre des Malouines,
l'Italie d'aujourd'hui. Puis, à travers une narration à
l'émotion toujours maîtrisée, où les gestes
les plus simples sont décrits comme des rituels sacrés,
et où le passé et le présent sont étroitement
imbriqués, pose la question des choix existentiels que nous sommes
amenés à faire - partir, rester, tuer, laisser vivre - et
interroge la notion de destin.
Dans la presse
Martine Laval a écrit dans Télérama.
" Un jardinier, de ses doigts épaissis
par le labeur, tourne les pages d'un livre. Il lève la tête,
rencontre le regard d'une femme... Hymne aux arbres et à la littérature,
ce livre majestueux et sensible est un chant de vie. L'écriture
de l'italien Erri De LUCA, toute de sensualité, embrase d'une déflagration
poétique ce véritable roman d'amour. "
ISBN 2070757994 - 119 pages
A propos de l'auteur
Né à Naples en 1950 dans une famille de la haute
bourgeoisie, Erri De LUCA s'engage à 18 ans dans le mouvement d'extrême
gauche Lotta continua. Il choisit de devenir ouvrier.
Il publiera son premier livre " une fois, un jour "
en 1989.
D'autres vont suivre : " Un nuage comme tapis ",
" Les coups des sens ", " Rez-de-chaussée ",
" Acide, Arc-en-ciel ", " Alzaia ",
" En haut à gauche ", " Première
heure ", " Tu, Mio ".
Considéré comme un des écrivains majeurs de la littérature
italienne, il a confié : " je n'invente pas les
vies des autres, je ramasse les vies que je connais. "
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