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Synopsis Robert BADINTER témoigne dans ce livre de sa lutte pour l'abolition de la peine de mort. D'une manière captivante, il nous fait partager sa passion pour son métier d'avocat. L'ancien garde des sceaux évoque ses peurs, ses doutes mais également ses profondes satisfactions. Il nous fait vivre la tension des procès d'assises, les plaidoiries, nous rappelle la persévérance qu'ont eu les abolitionnistes pour gagner ce combat, et combien il est important que cette peine soit abolie sur la terre entière. Notre avis : témoignage passionnant.
Sommaire
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Un lendemain d'exécution " Le matin qui suivit l'exécution de BUFFET et BONTEMS à la Maison d'arrêt de la Santé, le 28 novembre 1972, je pris le train pour Amiens. J'enseignais, à l'époque, à l'université de Picardie. Je pensais que l'accomplissement de la tâche ordinaire, les rythmes et les rites de la vie quotidienne pourraient apaiser l'angoisse de mort qui m'étreignait. Mais l'espoir d'échapper, même un moment, à ce qui était arrivé la nuit précédente était vain. Je perçus aussitôt, dans le regard d'un collègue rencontré dans le wagon, une lueur de curiosité ambiguë pour le témoin d'un événement exceptionnel et ignominieux*. Il y avait là comme un appel à la confidence dont je me détournai. Les étudiants m'accueillirent dans un silence absolu. Tout au long de ces heures où j'exposai d'une voix blanche les règles de la procédure de faillite, je sentis qu'ils s'attachaient à déchiffrer, derrière ce masque livide, ce que pouvait éprouver cet aîné, leur professeur, cet avocat vaincu qui avait vu ce que nul d'entre eux, pensaient-ils, ne verrait jamais. "
Extraits 1. " Debout à la barre, comme si, à travers tant d'années écoulées, résonnait encore en moi la voix de mon vieux maître Henry TORRES, dans un ultime élan de passion j'évoquai l'évêque de Troyes, Mgr FAUCHET, et l'exigence du pardon pour qui croit en Dieu. Et, pour celui qui ne croit qu'en ce monde, je dis ma foi en l'homme, toujours susceptible de changer, de s'améliorer, de s'élever. Je m'arrêtai un instant. Je pris le regard des jurés, l'un après l'autre. Je m'entendis leur dire : " Si vous votez comme Monsieur l'avocat général vous le demande, je vous le dis, le temps passera, c'en sera fini du tumulte, des encouragements, vous demeurerez seul avec votre décision. On abolira la peine de mort, et vous resterez seul avec votre verdict, pour toujours. Et vos enfants sauront que vous avez un jour condamné à mort un jeune homme. Et vous verrez leur regard ! " Je me tus. Les jurés me fixaient toujours. Certains s'efforçaient de dissimuler leurs larmes. Nous restâmes face à face dans le silence. Je me rassis. Je ne pouvais plus rien pour Patrick HENRY. " 2. " Il n'y a rien, dans ma vie professionnelle, que j'aie autant aimé qu'un grand procès d'assises. Parce qu'on connaît les rites, les personnages, la matière du drame, mais qu'on ignore l'essentiel : le dénouement. Parce qu'à travers ces procédures minutieusement réglées, l'imprévisible peut à tout moment surgir. Un témoin dont on attend le pire procure à la défense, en livrant un détail jusque-là ignoré, une ouverture inespérée. Un autre, au contraire, dont on espérait qu'il saurait émouvoir les jurés, paralysé par le trac, récite d'un ton monocorde une déposition préparée. Les incidents jalonnent le cours des débats, parfois utiles pour dissiper l'impression laissée par un expert, parfois dangereux quand ils dégénèrent en querelles de mots avec le ministère public. L'audience, c'est la mer pour l'avocat d'assises : toujours imprévisible, parfois périlleuse. Ne demandez pas au marin pourquoi il aime l'océan. Il l'aime, voilà tout, c'est sa passion, son élément, sa vie. De même, l'avocat aime l'audience pour les bonheurs qu'elle lui dispense, les épreuves qu'elle lui réserve, et même l'angoisse qu'il ressent quand la fortune judiciaire l'abandonne. L'audience criminelle est pour lui comme le champ clos des tournois, le carré éblouissant du ring, le lieu magique de la souffrance, de la gloire et parfois aussi de la défaite. " 3. " Mais était-ce plaider, ces phrases hachées que je m'entendais prononcer d'une voix sourde, à peine reconnaissable ? Devant ces juges, j'étais debout, comme un pénitent. Ce visage d'où le sang avait reflué, ces traits crispés n'étaient plus les miens. Il fallait que ceux qui m'écoutaient, qui me regardaient perçoivent que cette voix, ces mots n'étaient pas ceux d'un avocat, qu'ils n'étaient plus que parole d'homme disant, criant sa vérité pour qu'elle devienne la leur. Et, tant que je ne sentais pas au fond de moi-même, avec une certitude absolue, que la barrière qui nous séparait avait cédé, que la glace de leur défiance avait disparu, je cherchais leur regard, leur écoute, afin qu'ils se fixent, s'accrochent, se rivent à moi. Alors seulement, je commençais véritablement ma plaidoirie ? Jusque-là, je n'avais été qu'un frère quêteur dans sa robe noire, mendiant une ouverture vers les coeurs. Aussi m'arrivait-il de bafouiller, d'enchaîner les phrases les unes aux autres sans les achever, moi, cet universitaire si soucieux, à l'ordinaire, de l'exactitude des termes et de la clarté de l'expression. Un autre, en ces instants, m'habitait tout entier. Cette voix, ces mots, de quelle angoisse refoulée dans la vie ordinaire jaillissaient-ils ? J'en ai découvert la source bien plus tard, inopinément, longtemps après l'abolition. Mais, en ces moments, ce que je percevais pendant le réquisitoire de l'avocat général qui demandait la tête de celui dont, derrière moi, dans le box, j'entendais le souffle, c'était bien la mort elle-même, présente dans le prétoire et qui me fixait d'un oeil rouge, comme dans les légendes du Moyen Âge. "
Quatrième de couverture " Ce livre est le récit d'une longue lutte contre la peine de mort. Il commence au jour de l'exécution de Claude BUFFET et de Roger BONTEMS, le 24 novembre 1972, et s'achève avec le vote de l'abolition, le 30 septembre 1981. Depuis lors, l'abolition s'est étendue à la majorité des États dans le monde. Elle est désormais la loi de l'Europe entière. Elle marque un progrès irréversible de l'humanité sur ses peurs, ses angoisses, sa violence. A considérer cependant les exécutions pratiquées aux États-Unis, en Chine, en Iran et dans de nombreux autres pays, le combat contre la peine de mort est loin d'être achevé. Puisse l'évocation de ce qui advint en France servir la grande cause de l'abolition universelle. " R.B. ISBN 2213607060 - 315 pages
A propos de l'auteur Né en 1928, Robert BADINTER est marié à Elisabeth BADINTER et père de deux enfants. Il a une longue et brillante carrière d'avocat et de professeur de droit pendant laquelle il devient le symbole de la lutte contre la peine capitale. Il va entrer en politique en 1981 lorsque François MITTERRAND le nomme Garde des Sceaux. Il obtiendra l'abolition de la peine de mort en France le 9 octobre 1981. Il poursuit son combat contre la peine de mort notamment aux États-Unis. Il a publié " L'exécution " en 1973, une biographie de Condorcet en 1988 en collaboration avec son épouse, un essai " La prison républicaine " en 1992. " L'abolition " a obtenu le prix Femina. |
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