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Tazmamart cellule 10 d'Ahmed MARZOUKI
Tazmamart cellule 10
Ahmed MARZOUKI

Témoignage

Editions Paris-Méditerranée - Collection Documents, Témoignages et divers
France - Prix alapage.com : 15,92 €
Québec - Prix archambault.ca : 22,95 $


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Synopsis

Au début des années soixante dix, deux tentatives de coup d'état contre le roi du Maroc vont être perpétrées par les militaires. Ils impliqueront à leur corps défendant nombre d'officiers et de simples soldats.

Condamnés ensuite à trois, dix ou vingt ans de prison, ces hommes vont être enfermés à Tazmamart dans le but de les faire mourir à petit feu. Vingt huit seront en vie, dans un état de santé déplorable, sur les cinquante huit hommes enfermés, à l'ouverture des portes dix huit ans plus tard.

Ahmed MARZOUKI témoigne de ce qu'il a vécu à Tazmamart. Il raconte l'histoire de ses compagnons de prison, et notamment de ceux qui sont morts en détention.

Ce récit ne s'arrête pas à la sortie de Tazmamart, mais relate aussi la diffculté des " survivants " à retrouver une place dans la société marocaine. Ces hommes ont retrouvé la liberté grâce à l'action internationale, mais le gouvernement marocain a fait pression pour qu'ils effacent ces dix huit années volées et qu'ils n'en parlent pas.

Notre avis : donne l'envie et la force d'agir pour le respect des droits humains.

 

Sommaire

  1. La caserne d'Ahermoumou
  2. Les coups d'Etat manqués
  3. L'arrivée à Tazmamart
  4. Bagnards et gardiens
  5. L'installation
  6. Les premiers contacts
  7. Le tazmamarti ou le langage secret des bagnards
  8. Les nouveaux arrivants
  9. 13 juillet 1982 : la fouille infernale
  10. L'affaire M'barek Touil
  11. Hinda, la chienne de Tazmamart
  12. Les longs calvaires de Mimoune Al-Fagouri et de Mohamed Lghalou
  13. In memoriam
  14. Le pigeon de Tazmamart
  15. La sortie de Tazmamart
  16. Le retour au douar
  17. La famille retrouvée
  18. Ma première année de liberté
  19. Un quinquagénaire au lycée et à la faculté
  20. Scènes de la vie quotidienne
  21. Les tergiversations du ministère des Droits de l'Homme
  22. Mon second enlèvement
  23. Le retour de Christine Daure-Serfat
 
 

 

Premières lignes

" Pour comprendre comment vingt-huit officiers et sous-officiers de l'armée de terre se sont retrouvés le 10 juillet 1971 dans les jardins du palais de Skirat aux côtés du lieutenant-colonel M'hamed Ababou qui tentait de renverser la monarchie, il faut revenir sur la personnalité exceptionnelle de ce Rifain âgé alors de 36 ans, marié et père de quatre enfants.
Svelte et petit, il avait le teint clair, la chevelure châtain et abondante, les mâchoires carrées ; des sourcils qui se rejoignaient soulignaient des yeux marron au regard dur et vif. Des lèvres minces s'étiraient en un sourire carnassier. Le commandant de l'Ecole royale militaire d'Ahermoumou - rebaptisée depuis Ribat Al Khair (campement du bien) - était avant tout un mélange de séduction et d'extrême rigueur. "

 

Extraits

    1. " La lourde porte de fer refermée, l'angoisse que nous avons ressentie dans l'obscurité et l'isolement de nos cellules fut immense. Minutes atroces durant lesquelles la plupart d'entre nous furent pris de panique ou envahis par un désespoir incommensurable que rien ne pouvait atténuer. Les uns avaient l'impression d'avoir été précipités au fond d'un gouffre, tandis que les autres trouvaient à leur cachot une étrange ressemblance avec la tristement célèbre " Habs-Kara ", une prison construite à Meknès par Moulay Ismail, où ceux qui y entraient n'avaient aucun espoir d'en sortir. D'autres, enfin, et cela revenait au même, crurent que l'on venait de les enterrer vivants. Un silence macabre régnait d'ailleurs dans les deux blocs. Nous étions tous littéralement assommés par ce nouveau coup du sort. Pendant un long moment, nous restâmes prostrés, incapables encore de prendre l'exacte mesure du malheur qui nous frappait, mais intuitivement convaincus que le pire était à venir et sans doute pour très longtemps. Certains furent pris de crises d'asthme et crurent étouffer comme si on les avait jetés au fond d'un trou, l'obscurité ne faisant bien sûr qu'ajouter à leur angoisse. "

    2. " Nous avons supporté le froid glacial dans une cellule-congélateur durant les mois d'hiver, les pieds nus et légèrement vêtus. Nous avons suffoqué durant les mois d'été tellement la température était élevée et en l'absence de circulation d'air et de quantités suffisantes d'eau. Une faim lancinante a déchiré nos estomacs pendant des années et des années ; elle poussait quelques détenus à remâcher leur nourriture pour se donner l'illusion de manger un peu plus. Certains d'entre nous ont connu la douleur de piqûres des scorpions qui nous tenaient compagnie dans la pénombre. Tous, nous avons vécu avec la maladie, les privations, la crasse, l'humiliation et le mépris jusqu'à devenir plus bas encore que les créatures les plus abjectes de notre planète Terre. Nos corps dégageaient une telle odeur que celle d'un cadavre était plus supportable. "

 

Quatrième de couverture

" Au soir du quatrième jour, un détenu, qui ne parlait plus depuis longtemps, cria soudain : " Faraj est là ! "
Tous les camarades qui pouvaient encore tenir debout s'approchèrent du trou de leur lucarne, le souffle coupé, pour assister au retour de ce petit pigeon, étrange et têtu, qui n'admettait pas que sa place fût avec les vivants, mais voulait revenir avec nous, les morts-vivants. Il allait et venait sur le grillage, et tentait maladroitement d'entrer. Il me regardait pour me demander de l'aide ; personne ne pouvait rien faire, mais nous avions tous le coeur serré d'émotion... Faraj se laissa tomber tout entier dans le trou du grillage et atterrit devant la cellule n° 10, la cellule de son enfance, tellement exténué qu'il échoua plusieurs fois avant de se poser sur la main que je lui tendais. Lorsqu'il y parvint, les détenus les plus proches de ma cellule purent m'entendre pleurer à chaudes larmes. "

" Pendant longtemps les autorités marocaines ont nié l'existence du bagne de Tazmamart situé en plein désert dans le Sud du pays. Pourtant, cinquante-huit officiers et sous-officiers, fantassins ou aviateurs, y furent enfermés pour avoir été impliqués, à leur corps défendant, dans les deux tentatives de coup d'État de juillet 1971 (khirat) et août 1972 (attaque contre l'avion du roi).
Après dix-huit ans de détention dans des conditions inhumaines, quand s'ouvrent les portes de Tazmamart, vingt-huit d'entre eux avaient survécu. Celui qui occupait la cellule 10, Ahmed MARZOUKI, témoigne au nom de tous, disparus et survivants. "

 

Dans la presse

M. Arezki METREF écrit dans Politis

" Ahmed MARZOUKI raconte le miracle de sa survie au bagne, mais aussi la mémoire, douloureuse, de ceux qui y succombèrent.
C'était un lieu cauchemardesque, conçu pour ravaler à une condition proche de l'animalité les hommes qui avaient suscité la colère du roi. Qu'ils meurent à petit feu. Que la vie les abandonne par petits morceaux, que la douleur soit intolérable au point qu'ils souhaitent mourir encore plus vite. C'était la fonction de Tazmamart, cette geôle perdue dans le Moyen Atlas et dont les autorités marocaines refusaient de reconnaître l'existence. Ahmed MARZOUKI, qui vient de publier le premier témoignage direct sur Tazmamart, y a survécu. C'est peu dire que son témoignage est poignant. " Nous pouvions nous entendre mourir les uns après les autres ", rapporte-t-il de cet enfer, fermé en 1991, mais qui reste comme une marque d'indélébile infamie... "

" ...En 1991, le bagne est fermé. Ahmed MARZOUKI est lâché dans la nature avec la menace de représailles s'il témoigne. Il ne s'en prive pourtant pas. Il est enlevé, convoqué, intimidé. Les choses changent, grâce au combat des survivants, appuyés par les ONG. Et à l'intronisation de Mohammed VI. Ultime victoire : Ahmed MARZOUKI vient d'obtenir son passeport ".

France - ISBN 284272092X - 334 pages
Québec - ISBN 2922404269

 


A propos de l'auteur

Ahmed MARZOUKI, issu d'une famille pauvre s'engage dans l'armée dans les années soixante afin de sortir de la misère. Il devient sous-lieutenant sous le commandement du colonel M'Hamed Ababou. Ce dernier va initier une tentative de coup d'état à Skirat dans laquelle il entraînera ses hommes.

Enfermé dix huit années au bagne de Tazmamart, Ahmed MARZOUKI témoigne de ce que lui et ses compagnons ont vécu. Il ne désire pas régler des comptes mais informer ses compatriotes sur ce qu'a été leur vie quotidienne, afin que jamais ne se répètent de telles atrocités.

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